Ivresse

Les mots ensorcelés au seuil de mes pensées,
Veulent jeter un sort à ta course funeste,
Enraciner ton âme, au bord de moi te lier,
Fauchant les blés de l’aube en tendre maladresse…

Trainants et alourdis de nocturnes sanglots,
Mes yeux mouillés d’amour réinventent la nuit.
De ton coeur sans atours ne suis-je que l’écho ?
J’avance à travers toi en brume d’organdi…

Que mon encrier fuit, se vide de mon sang,
Le vertige de toi a désséché mes mots,
Ecaillé mes crépuscules brodés de faux-semblant,
M’étouffant dans ce noeud, serrée de tes chaos…

Je me pique à ma plume aiguisée de désir,
Lorsque mon livre prend la forme de tes mains.
Sur l’onde d’une page, je me laisse étourdir,
Ivre de provisoire, glisser jusqu’à demain.

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Albert Samain (1858-1900)

Ce poète né à Lille fut d’abord petit fonctionnaire à l’Hôtel de ville de Paris.Il trouva dans la poésie un recours contre la banalité de son existence. Il participa à la fondation du Mercure de France.

Ses maîtres en poésie étaient Victor Hugo, Verlaine et André Chénier. Sa poésie, si elle reste en mode mineur, sait trouver des accents fort attachants. Il fut très présent dans les manuels scolaires, notamment avec des poèmes extraits de son recueil « Aux flancs du vase (1898)

Ton souvenir est comme un livre …

Ton souvenir est comme un livre bien- aimé,
Qu’on lit sans cesse, et qui jamais n’est refermé
Un livre où l’on vit mieux sa vie et qui vous hante
D’un rêve nostalgique,où l’âme se tourmente.
Je voudrais, convoitant l’impossible en mes voeux,
Enfermer dans un vers, l’odeur de tes cheveux,
Ciseler avec l’art patient des orfèvres,
Une phrase infléchie au contour de tes lèvres;
Emprisonner ce trouble et ces ondes d’émoi
Qu’en tombant de ton âme, un mot propage en moi:
Dire qu’elle mer chante en vagues d’élégie
Au golfe de tes seins où je me réfugie;
Dire, oh surtout! Tes yeux doux et tièdes parfois
Comme une après midi d’automne dans les bois;
De l’heure la plus chère enchâsser la relique,
Et, sur le piano, tel soir mélancolique,
Ressusciter l’écho presque religieux
D’un ancien baiser attardé sur tes yeux.

Le choix

Je n’ai jamais été ni ton dieu, ni ton maître,
Je voulais simplement marcher à tes côtés,
Mais toi tu te cachais jusque dans tes « peut-être »
Et tes pas incertains ne menaient qu’à jamais

Je m’étais faite à toi, tu me faisais renaître,
Mettre de jour en jour mes pas auprès des tiens,
Je n’ai pas fait semblant, j’aimais cette fenêtre
Ouverte sur nos vies en nous tissant des liens

Tu chantais le soleil quand mon coeur avait froid
Perdu dans cette brume pour à toi m’étourdir,
Tu me baignais d’amour, tu m’apprenais à toi,
Hors de tes pas pourtant j’ai choisi l’avenir…

A présent mes paupières ont fermé l’horizon,
Ton sourire encore tiède souffle sur ma mémoire,
Ces mots qui me droguaient d’élixir d’émotions,
Ces mots voulaient ancrer à jamais notre histoire

Mes mains tremblent aujourd’hui, bien des jours ont passé,
Mais les larmes de peine remplacent mes plaisirs,
Quand mes nuits se parfument de mes désirs fanés,
Sur mon livre d’amour, seul reste ton souvenir…


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