Jadis

Un bouquet oublié, un fauteuil défraichi
Un bouquet du passé aux couleurs fanées
Par trop de souvenirs, d’histoires à raconter…
De soirées satinées jusques au petit jour,
Où ces dames galantes se faisaient courtiser,
Où broderies et dentelles rimaient avec destin…
Des jours de tragédie et de folles intrigues
Qui menaient jusqu’au duel pour un bout de satin…
Des rencontres furtives et des secrets d’alcôves,
Des amours clandestines sans aucun lendemain,
Qui parfois vous menaient à mourir de chagrin…
L’histoire de ces bals orchestrés, symphonie de frous frous,
A vous faire perdre l’âme ainsi que la raison,
Et qui faisaient rimer si bien la grâce avec la séduction…
Nostalgie de ces temps où la beauté régnait,
Où l’honneur, le respect faisaient l’éducation,
Où l’esprit reconnu était une vertue,
Où l’on pouvait jouir de la futilité…
Comme pour ce bouquet le temps a fait son oeuvre,
Les lumières du passé se sont décolorées,
Mais reste au fond du coeur, une porte dérobée,
Qui s’ouvre lentement sous les paupières closes,
Et là, dans le silence et dans l’obscurité,
Tous nos rêves alors sont à notre portée…

(Tous droits réservés) CopyrightDepot.com 00049441

Robert Lamoureux

Vous me dites, Monsieur, que j’ai mauvaise mine, 
Qu’avec cette vie que je mène, je me ruine, 
Que l’on ne gagne rien à trop se prodiguer, 
Vous me dites enfin que je suis fatigué.

.

Oui, monsieur, je suis fatigué et je m’en flatte ! 
J’ai tout de fatigué, la voix, le cœur, la rate. 
Je m’endors épuisé, je me réveille las… 
Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m’en soucie pas !

.

Ou quand je m’en soucie, je me ridiculise ! 
La fatigue souvent n’est qu’une vantardise… 
On est jamais aussi fatigué que l’on croit ! 
Et quand cela serait, n’en a-t-on pas le droit ?

.

Je ne vous parle pas de sombres lassitudes 
Qu’on a, lorsque le corps harassé d’habitudes 
N’a plus pour se mouvoir que de pâles raisons… 
Lorsqu’on a fait de soi son unique horizon.

.

Lorsqu’on n’a rien à perdre, à vaincre ou à défendre, 
Cette fatigue-là est mauvaise à entendre. 
Elle fait le front lourd, l’œil morne, le dos rond 
Et vous donne l’aspect d’un vivant moribond.

.

Mais se sentir plier sous le poids formidable 
Des vies dont un beau jour on s’est fait responsable, 
Savoir qu’on a des joies ou des pleurs dans ses mains, 
Savoir qu’on est l’outil, qu’on est le lendemain.

.

Savoir qu’on est le chef, savoir qu’on est la source, 
Aider une existence à continuer sa course, 
Et pour cela se battre à s’en user le cœur 
Cette fatigue là, Monsieur, c’est du bonheur !

.

Et sûr qu’à chaque pas, à chaque assaut qu’on livre 
On va aider un être à vivre ou à survivre ; 
Et sûr qu’on est la route et le port et le gué, 
Où prendrait-on le droit d’être fatigué ?

.

Ceux qui font de leur vie une belle aventure 
Marquent chaque victoire, en creux, sur leur figure ! 
Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus 
Parmi tant d’autres creux, il passe inaperçu.

.

La fatigue, Monsieur, c’est un prix toujours juste ; 
C’est le prix d’une journée d’efforts et de luttes ; 
C’est le prix d’un labeur, d’un mur ou d’un exploit ; 
Non pas le prix qu’on paie mais celui qu’on reçoit.

.

C’est le prix d’un travail, d’une journée remplie 
C’est la preuve, Monsieur, qu’on marche avec la vie, 
Quand je rentre la nuit et que ma maison dort, 
J’écoute les sommeils et, là, je me sens fort !

.

Je me sens tout gonflé de mon humble souffrance
Et ma fatigue alors est une récompense.
Et vous me conseillez d’aller me reposer ?
Mais si j’acceptais là ce que vous proposez,
Si je m’abandonnais à votre douce intrigue,
Mais je mourrais, Monsieur, tristement, de fatigue !!!