Alain Borne (1915-1962)

La nuit me parle de toi

elle ne me donne pas de rêves

pleins de femmes transparentes

mais elle m’apporte ton image

afin que ton absence

ne m’étrangle pas tout à fait.

Elle voit avec scandale

que je n’ai pas ton corps dans mes bras

et elle allonge près de moi

le fantôme de ta peau.

Elle me dit

qu’à force de t’aimer tu m’aimeras

et qu’ainsi cessera ma longue insomnie

sur ta présence réelle

et sur ton vrai sang.

Il le faut

Il le faut

il le faudra un jour

Nous saurons inventer

Tout sera pur comme l’hiver

Personne n’aura su avant nous.

Nos craintes seront plus douces qu’une ombre blanche.

Ce sera comme si nous avions invité

d’invisibles colombes

à voler avec nous.

Ce sera comme si nous habitions le feu de leurs ailes

avant de ne plus savoir

qui nous sommes l’un de l’autre.

Perdue

En me perdant de vous, je me suis égarée…
Sentirai je l’oubli s’écrouler sur mon coeur
Quand votre silence crie en animant mes nuits?
Votre absence est un vide, une noire insomnie
J’écoute mes pensées qui me ferment les yeux,
Pour mieux entendre encore le son de votre voix…
Onctuant ma douleur, me berçant de vos mots,
Quand tout au bord de moi se cognent leurs échos,
Dans mon jardin d’hiver, Amour, je vous emmène,
Pour que le manque de Vous fasse que je me souvienne…


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