Théophile Gauthier

Que tu me plais dans cette robe

Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen !

Frêle comme une aile d’abeille,
Frais comme un coeur de rose-thé,
Son tissu, caresse vermeille,
Voltige autour de ta beauté.

De l’épiderme sur la soie
Glissent des frissons argentés,
Et l’étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.

D’où te vient cette robe étrange
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair ?

Est-ce à la rougeur de l’aurore,
A la coquille de Vénus,
Au bouton de sein près d’éclore,
Que sont pris ces tons inconnus ?

Ou bien l’étoffe est-elle teinte
Dans les roses de ta pudeur ?
Non ; vingt fois modelée et peinte,
Ta forme connaît sa splendeur.

Jetant le voile qui te pèse,
Réalité que l’art rêva,
Comme la princesse Borghèse
Tu poserais pour Canova.

Et ces plis roses sont les lèvres
De mes désirs inapaisés,
Mettant au corps dont tu les sèvres
Une tunique de baisers.

Théophile Gautier, La comédie de la mort

Louisa Siefert (1845-1877)

Louisa Siefert est née à Lyon. En 1868 elle écrit Les rayons perdus ; plus de cinq cents exemplaires vendus en moins d’un mois.
Rimbaud écrit à propos de son écriture « …c’est aussi beau que les plaintes d’Antigone dans Sophocle… »
Elle était proche de Victor Hugo, de Banville, Leconte de l’Isle et Sainte-Beuve…
Elle se marie à l’âge de trente-ans, et décède deux années plus tard, laissant derrière elle une oeuvre inachevée.

Rentrez dans vos cartons, robe, rubans, résille !
Rentrez, je ne suis plus l’heureuse jeune fille
Que vous avez connue en de plus anciens jours.
Je ne suis plus coquette, ô mes pauvres atours !
Laissez-moi ma cornette et ma robe de chambre,
Laissez-moi les porter jusqu’au mois de décembre ;
Leur timide couleur n’offense point mes yeux :
C’est comme un deuil bien humble et bien silencieux,
Qui m’adoucit un peu les réalités dures.
Allez-vous-en au loin, allez-vous-en, parures !
Avec vous je sens trop qu’il ne reviendra plus,
Celui pour qui j’ai pris tant de soins superflus !
Quand vous et mon miroir voulez me rendre fière,
Retenant mal les pleurs qui mouillent ma paupière,
Sentant mon cœur mourir et l’appeler tout bas,
Je répète : « À quoi bon, Il ne me verra pas !»
Je pouvais autrefois, avant de le connaître,
Au temps où je rêvais en me disant : «Peut-être !»
Je pouvais écouter votre frivolité,
Placer dans mes cheveux les roses de l’été,
Nouer un ruban bleu sur une robe blanche,
Et, comme un arbrisseau qui sur l’onde se penche,
Contempler mollement mes quinze ans ingénus.
(Songes, songes charmants, qu’êtes-vous devenus?)
Je le cherchais alors et j’attendais la vie.
Mais aujourd’hui, comment me feriez-vous envie?
Le soleil n’a pour moi ni chaleur, ni clarté.
Tout venait de lui seul dans ce temps enchanté,
L’amour comme l’espoir, l’air comme la lumière…
J’ai perdu, j’ai perdu mon aurore première ;
Celle qui rit pour rire et chante pour chanter,
Un souffle d’épouvante est venu l’emporter.
Tout est noir, tout est mort et je me sens glacée.
Oh ! ne m’arrachez plus à ma sombre pensée.
Rien sur ce flot amer ne peut me retenir,
Et l’ombre du passé s’étend sur l’avenir.

Louisa Pène-Siefert

Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889)

C’est un écrivain français, surnommé le « Connétable des lettres », il a contribué à animer la vie littéraire française de la seconde moitié du XIXème siècle. Il a été à la fois romancier, nouvelliste, poète, critique littéraire, journaliste et polémiste .

Né au sein d’une ancienne famille normande, Jules Barbey d’Aurevilly baigne dès son plus jeune âge dans les idées catholiques, monarchistes et réactionnaires.

Un moment républicain et démocrate, Barbey finit, sous l’influence de Joseph de Maistre, par adhérer à un monarchisme intransigeant, méprisant les évolutions et les valeurs d’un siècle bourgeois.

Il revient au catholicisme vers 1846 et se fait le défenseur acharné de l’ultramontanisme et de l’absolutisme, tout en menant une vie élégante et désordonnée de dandy.

Il théorise d’ailleurs, avant Baudelaire, cette attitude de vie dans son essai sur le dandysme et George Brummell .

Ses choix idéologiques nourriront une œuvre littéraire, d’une grande originalité, fortement marquée par la foi catholique et le péché.

A côté de ses textes de polémiste, qui se caractérisent par une critique de la modernité, du positivisme ou des hypocrisies du parti catholique, on retient surtout, même s’ils ont eu une diffusion assez limitée, ses romans et nouvelles, mélangeant des éléments du romantisme, du fantastique (ou du sur naturalisme), du réalisme historique et du symbolisme décadent.

Son œuvre dépeint les ravages de la passion charnelle ( Une vieille maîtresse 1851), filiale (Un prêtre marié 1865), (Une histoire sans nom 1882), politique (Le Chevalier des Touches 1864) ou mystique (L’Ensorcelée 1855)

Son œuvre la plus célèbre aujourd’hui est son recueil de nouvelles Les Diaboliques paru tardivement en 1874 dans lesquelles l’insolite et la transgression, plongeant le lecteur dans un univers ambigu, ont valu à leur auteur d’être accusé d’immoralisme.

Son œuvre a été saluée par Baudelaire et plusieurs écrivains ont loué son talent extravagant, notamment à la fin de sa vie, mais Hugo, Flaubert ou Zola ne l’appréciaient pas.

Eh quoi ! vous vous plaignez, vous aussi, de la vie !
Vous avez des douleurs, des ennuis, des dégoûts !
Un dard sans force aux yeux, sur la lèvre une lie,
Et du mépris au coeur ! – Hélas ! c’est comme nous !
Lie aux lèvres ? – poison, reste brûlant du verre ;
Dard aux yeux ? – rapporté mi-brisé des combats ;
Et dans le coeur mépris ? – Éternel Sagittaire
Dont le carquois ne tarit pas ! 

Vous avez tout cela, – comme nous, ô Madame !
En vain Dieu répandit ses sourires sur vous !
La Beauté n’est donc pas tout non plus pour la femme
Comme en la maudissant nous disions à genoux,
Et comme tant de fois, dans vos soirs de conquête,
Vous l’ont dit vos amants, en des transports perdus,
Et que, pâle d’ennui, vous détourniez la tête,
Ô Dieu ! n’y pensant déjà plus…

Ah ! non, tu n’es pas tout, Beauté, – même pour Celle
Qui se mirait avec le plus d’orgueil en toi,
Et qui, ne cachant pas sa fierté d’être belle,
Plongeait les plus grands coeurs dans l’amour et l’effroi !
Ah ! non, tu n’es pas tout… C’est affreux ; mais pardonne !
Si l’homme eût pu choisir, il n’eût rien pris après ;
Car il a cru longtemps, au bonheur que tu donnes,
Beauté ! que tu lui suffirais !

Mais l’homme s’est trompé, je t’en atteste, Armance !
Qui t’enivrais de toi comme eût fait un amant,
Puisant à pleines mains dans ta propre existence,
Comme un homme qui boit l’eau d’un fleuve en plongeant.
Pour me convaincre, hélas ! montre-toi tout entière ;
Dis-moi ce que tu sais… l’amère vérité.
Ce n’est pas un manteau qui cache ta misère,
C’est la splendeur de la Beauté !

Dis-moi ce que tu sais… De ta pâleur livide,
Que des tempes jamais tes mains n’arracheront
Et qui semble couler d’une coupe homicide
Que le Destin railleur renversa sur ton front ;
De ton sourcil froncé, de l’effort de ton rire,
De ta voix qui nous ment, de ton oeil qui se tait,
De tout ce qui nous trompe, hélas ! et qu’on admire,
Ah ! fais-moi jaillir ton secret.

Dis tout ce que tu sais… Rêves, douleur et honte,
Désirs inassouvis par des baisers cuisants,
Nuits, combats, voluptés, souillures qu’on affronte
Dans l’infâme fureur des échevèlements !
Couche qui n’est pas vide et qu’on fuit, – fatale heure
De la coupable nuit dont même on ne veut plus,
Et qu’on s’en va finir – au balcon – où l’on pleure,
Et qui transit les coudes nus !

Ah ! plutôt, ne dis rien ! car je sais tout, Madame !
Je sais que le Bonheur habite de beaux bras ;
Mais il ne passe pas toujours des bras dans l’âme…
On donne le bonheur, on ne le reçoit pas !
La coupe où nous buvons n’éprouve pas l’ivresse
Qu’elle verse à nos coeurs, brûlante volupté !
Vous avez la Beauté, – mais un peu de tendresse,
Mais le bonheur senti de la moindre caresse,
Vaut encor mieux que la Beauté.

Jules Barbey D’Aurevilly

Michelle Larivey ( 1944-2004 )

Michelle Larivey etait psychologue et psychothérapeute. Tout au long de sa carrière, elle a mis l’accent sur la recherche clinique, la formation de psychothérapeutes et le développement de nouvelles formes d’intervention en psychologie.

Michelle est devenue psychologue en 1969 et a toujours oeuvré en cabinet privé. Elle a complété sa scolarité et son internat de doctorat à l’Université de Montréal, en psychologie sociale. Par la suite, elle a suivi une formation pratique approfondie à l’Institut de Formation par le Groupe (Montréal), avec un accent sur l’intervention en milieu organisationnel, la formation professionnelle, l’animation de groupe ainsi que les processus d’apprentissage et de changement. C’est à la même époque qu’elle entreprenait une formation à la pratique de la psychothérapie au cours de laquelle elle fut exposée à l’influence de plusieurs approches de même que différents superviseurs et formateurs, notamment au National Training Laboratory (Chicago et Los Angeles).

Le 11 novembre 2004, Michelle Larivey est décédée au terme d’une longue lutte contre le cancer.

Michelle nous laisse le souvenir d’une personne remarquable par sa chaleur, la qualité de sa présence, la rigueur de sa pensée et la diversité de ses talents.

Un poème de Michelle Larivey

Inspiré par ceux qui
doivent arracher leur droit d’être vivant
à une enfance de restriction.

Sans jamais m’asséner un seul coup
ils m’ont brisé!

Ils m’ont enveloppé de leur silence
et de leur seul regard
sommé de porter la prunelle basse
(en tout temps).

Toute leur vie
ils ont regardé au-dessus de ma tête
s’appuyant sur mon crâne
pour rabaisser ma voix
quand j’osais être
(quelque peu seulement).

Maintenant
j’ai peine à sortir d’un sommeil
qui ressemble plus à une mort raide
qu’au calme autrefois ordonné.

Est-ce que j’existe?
Pourtant oui… je sens mon coeur battre dans le béton de ma prison.
Pourtant non… je deviens muet sous le seul poids d’un regard ouvert.

J’ai avancé en âge
pourtant
leur voix d’antan est tout aussi cruelle
elle traverse mes enfants
pour me joindre au coeur même
de ma jeune plaie.
Je donne l’espace de leur vie
à mes enfants.
Pourquoi eux aussi
m’écrasent-ils au passage
comme une flaque transparente?

Je voudrais tellement
éclater mes chaînes par hurlement
et noyer mes songes de bêtes muettes!
Je sens un son rouge se former dans ma mémoire
et la force surgir du fond.

Bientôt je me lèverai
et sans permission aucune
j’élèverai la voix
(très haute)pour exister.

Maurice Carême

Maurice Carême est né le 12 mai 1899, rue des Fontaines, à Wavre dans une famille modeste.

Maurice Carême passe à Wavre une enfance campagnarde si heureuse qu’elle sera une des sources d’inspiration de son œuvre. Il fait des études primaires et secondaires dans sa ville natale.

En 1914, il écrit ses premiers poèmes, inspirés par une amie d’enfance, Bertha Detry dont il s’est épris. Elève brillant, il obtient, la même année, une bourse d’études et entre à l’Ecole normale primaire de Tirlemont. Son professeur, Julien Kuypers, l’encourage à écrire et lui révèle la poésie française du début du XXe siècle. C’est à Tirlemont également que Maurice Carême découvre les grands poètes de Flandre.

Il est nommé instituteur en septembre 1918 à Anderlecht-Bruxelles. Il quitte Wavre pour s’installer dans la banlieue bruxelloise. L’année suivante, il dirige une revue littéraire, Nos Jeunes, qu’il rebaptise en 1920 La Revue indépendante. Il noue alors ses premiers contacts littéraires et artistiques (avec Edmond Vandercammen en 1920 et, en 1926, avec le peintre Felix De Boeck). Il épouse en 1924 une institutrice, originaire de Dison.

Son premier recueil de poèmes, 63 Illustrations pour un jeu de l’oie, paraît en décembre 1925. Entre 1925 et 1930, il est fasciné par les mouvements surréalistes et futuristes. Il publie, en 1926, Hôtel bourgeois, en 1930, Chansons pour Caprine où apparaissent les reflets d’une vie sentimentale assez douloureuse, puis, en 1932, Reflets d’hélices. Mais, au moment de cette publication – sans doute la plus marquée par les écoles littéraires de l’époque – il a déjà pris ses distances vis-à-vis d’elles.

Il a fait, en 1930, une découverte qui va s’avérer essentielle pour toute sa démarche poétique – voire romanesque – celle de la poésie écrite par les enfants. C’est, pour Maurice Carême, une remise en question fondamentale au cours de laquelle il revient à une grande simplicité de ton. Il publie d’ailleurs deux essais consacrés à ces textes d’enfants dont il fut l’éveilleur : en 1933, Poèmes de gosses et Proses d’enfants en 1936.

Il fut l’un des fondateurs du Journal de Poètes en 1931. En 1933, il termine des études de déclamation au Conservatoire de Bruxelles, dans la classe de Madeleine Renaud-Thévenet. Il obtient un Premier prix. La même année, il fait construire, avenue Nellie Melba, à Anderlecht, la Maison blanche, à l’image des maisons anciennes de son Brabant. Elle deviendra, en 1975, le siège de la Fondation Maurice Carême et le Musée Maurice Carême, en 1978.

Le recueil Mère paraît en 1935. La simplicité profonde des vers lui vaut d’être remarqué par de nombreux critiques littéraires parisiens, dont celui du Mercure de France. L’œuvre reçoit, en 1938, le Prix Triennal de poésie en Belgique et inspire à Darius Milhaud sa Cantate de l’enfant et de la mère (Première mondiale au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le 18 mai 1938).

De nombreuses œuvres paraissent et sont couronnées par des prix littéraires en Belgique et à l’étranger : Prix Victor Rossel (1948), Prix de l’Académie française (1949 et 1954), Prix international Syracuse (1950), Prix populiste de poésie (1951), Médaille de la Ville de Sienne (1956), Prix Félix Denayer (1957), Prix de la poésie religieuse (1958), Prix du Président de la République française (1961), Prix de la Province de Brabant (1964), Prix de la traduction néerlandaise (1967), Grand Prix international de poésie (France, 1968), Prix européen (Italie, 1976) etc.

L’œuvre de Maurice Carême comprend plus de quatre-vingts recueils de poèmes, contes, romans, nouvelles, essais, traductions. Elle n’a cessé de fasciner les musiciens tant les compositeurs que les chansonniers. De nombreuses anthologies de ses poèmes ont été publiées. Des essais, des disques, des films, des DVD lui sont consacrés.

L’œuvre, couronnée par de nombreux prix littéraires, est traduite dans le monde entier et mise en musique par plus de trois cents musiciens. Un colloque consacré à son œuvre et réunissant des personnalités littéraires, artistiques et universitaires de Belgique, de Bulgarie, de l’Equateur, de France, de Hongrie, du Japon, de Pologne, de Roumanie, s’est tenu à Bruxelles, en novembre 1985, sous l’égide de la Commission française de la Culture de l’Agglomération de Bruxelles et de la Fondation Maurice Carême.

Maurice Carême est élu « prince de la poésie « au Café Procope à Paris en 1972. Il décède le 13 Janvier 1978 à Anderlecht

Sur les fils de la pluie
Les anges du jeudi
Jouent longtemps de la harpe
Et sous leurs doigts Mozart
Tinte délicieux
En gouttes de joie bleue
Car c’est toujours Mozart
Que reprennent sans fin
Les anges musiciens
Qui, au long du jeudi,
Font chanter sur la harpe
La douceur de la pluie.
(Maurice Carême)

Marguerite Yourcenar

Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour, connue sous le pseudonyme de Marguerite Yourcenar, est un écrivain, poète et critique littéraire français. Née le 8 juin 1903 à Bruxelles d’un père français et d’une mère belge

Orpheline de mère quelques jours seulement après sa naissance, elle y est élevée par son père, grand voyageur qui l’initie à une vie cosmopolite. Bien que n’ayant jamais mis les pieds à l’école du fait de ses nombreux voyages, elle obtient son baccalauréat latin-grec à Aix-en-Provence. En 1921, à tout juste 18 ans, elle publie à compte d’auteur son premier poème, Le Jardin des chimères. En 1929, s’essayant à tous les genres littéraires, elle publie son premier roman, Alexis ou le Traité du vain combat, qui raconte l’histoire d’un musicien célèbre qui avoue à sa femme son homosexualité et lui fait part de son désir de la quitter.

Mais dix ans plus tard, la guerre éclate. Marguerite Yourcenar part aux États-Unis rejoindre sa compagne Grace Frick. Elle s’installe sur l’île des Monts Déserts et obtient la nationalité américaine en 1947. L’auteur alterne alors périodes d’isolement sur son île et grands voyages qui alimentent son inspiration.

La sexualité et les relations sentimentales douloureuses sont des thèmes qui reviennent de façon récurrente dans son oeuvre, ce qui s’explique en partie par sa propre bisexualité. En 1951, Marguerite Yourcenar publie Mémoires d’Hadrien. Ce nouveau roman historique, imprégné d’un fort humanisme connaît un grand succès international et lui fait acquérir le statut de grand écrivain.

Le 6 mars 1980, Marguerite Yourcenar devient la première femme à intégrer l’Académie française, où elle siège jusqu’à sa mort le 17 décembre 1987 à l’âge de 84 ans.

Dans Les yeux ouverts, Marguerite Yourcenar écrivait : « Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin. » Le sien fût extraordinaire… Femme de lettres, à la fois écrivaine, poétesse et académicienne, Marguerite Yourcenar incarnait la femme plurielle. Mais, Marguerite Yourcenar était également une femme résolument moderne aux convictions affirmées et à la (bi)sexualité assumée. Atteste de ce tempérament, sa célèbre citation issue de la préface de Gita Govinda ; les amours de Krishna : « L’insolite et l’illicite, deux ingrédients indispensables de toute pornographie. »

Et parmi ses autres citations, on retiendra :

C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt

Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour renaître

L’amour est un châtiment. Nous sommes punis de n’avoir pas pu rester seuls

Ce jour est doux et le souci frivole
Cueille la rose au bord de ton chemin
L’oiseau Bonheur s’est posé sur ta main
Caresse-le avant qu’il ne s’envole
Ce jour est doux… Que t’importe demain ?

Marguerite Yourcenar

Alain Debroise (1911-1999)

Poète, Professeur d’Ecole normale, animateur de centres culturels.

Une feuille d’or,
une feuille rousse,
un frisson de mousse,
sous le vent du nord.

Quatre feuilles rousses,
quatre feuilles d’or,
le soleil s’endort
dans la brume douce.

Mille feuilles rousses,
que le vent retrousse.
Mille feuilles d’or
sous mes arbres morts.

Louisa Pène-Siefert (1845-1877)

Louisa Siefert, née à Lyon en Avril 1845 et morte à Pau en Octobre 1877 est une poétesse française

Née à Lyon dans une famille protestante. Atteinte très jeune de la phtisie. Ses poèmes eurent un certain succès à leur parution. Ils regrettent la fin d’un grand amour de jeunesse.

Elle reçoit une éducation religieuse. Son père était originaire de Prusse et sa mère du canton de Thurgovie en Suisse

Influencée par le mouvement naturaliste, sa poésie est une poésie sentimentale et réaliste» du cœur déçu et douloureux « ,à l’image de sa vie semble-t-il.

Son premier recueil de poèmes, Rayons perdus, paru en 1868, connaît un grand succès.En 1870, Rimbaud s’en procure la quatrième édition et en parle ainsi dans une lettre à Georges Izambard: « …j’ai là une pièce très émue et fort belle, Marguerite. C’est aussi beau que les plaintes d’Antigone dans Sophocle. »

En 1863, elle fait la connaissance de Charles Asselineau, ami de Baudelaire, et entre grâce à lui en relation avec des écrivains tels que Victor Hugo, Edgar Quinet,Emile Deschamps, Théodore de Banville, Leconte de Lisle, Sainte Beuve, Michelet, et avec le peintre Paul Chenavard.

Asselineau adresse son premier recueil à Victor Hugo, qui lui envoie en retour une photographie dédicacée ainsi « À Mademoiselle Louisa Siefert après avoir lu ses charmants vers ».Elle se sent autorisée à lui dédier son Année républicaine .

Asselineau meurt en 1874,léguant toutes ses archives à Louisa, qui ne lui survivra que quelques années.

Alors qu’elle meurt de tuberculose à l’âge de trente-deux ans,son œuvre est rapidement oubliée.Louisa Siefert est l’arrière-grande-tante du chanteur Renaud.

Rentrez dans vos cartons, robe, rubans, résille !
Rentrez, je ne suis plus l’heureuse jeune fille
Que vous avez connue en de plus anciens jours.
Je ne suis plus coquette, ô mes pauvres atours !


Laissez-moi ma cornette et ma robe de chambre,
Laissez-moi les porter jusqu’au mois de décembre ;
Leur timide couleur n’offense point mes yeux :
C’est comme un deuil bien humble et bien silencieux,


Qui m’adoucit un peu les réalités dures.
Allez-vous-en au loin, allez-vous-en, parures !
Avec vous je sens trop qu’il ne reviendra plus,
Celui pour qui j’ai pris tant de soins superflus !


Quand vous et mon miroir voulez me rendre fière,
Retenant mal les pleurs qui mouillent ma paupière,
Sentant mon cœur mourir et l’appeler tout bas,
Je répète : À quoi bon, Il ne me verra pas !


Je pouvais autrefois, avant de le connaître,
Au temps où je rêvais en me disant : Peut-être !
Je pouvais écouter votre frivolité,
Placer dans mes cheveux les roses de l’été,


Nouer un ruban bleu sur une robe blanche,
Et, comme un arbrisseau qui sur l’onde se penche,
Contempler mollement mes quinze ans ingénus.
Songes, songes charmants, qu’êtes-vous devenus


Je le cherchais alors et j’attendais la vie.
Mais aujourd’hui, comment me feriez-vous envie
Le soleil n’a pour moi ni chaleur, ni clarté.
Tout venait de lui seul dans ce temps enchanté,


L’amour comme l’espoir, l’air comme la lumière…
J’ai perdu, j’ai perdu mon aurore première ;
Celle qui rit pour rire et chante pour chanter,
Un souffle d’épouvante est venu l’emporter.


Tout est noir, tout est mort et je me sens glacée.
Oh ! ne m’arrachez plus à ma sombre pensée.
Rien sur ce flot amer ne peut me retenir,
Et l’ombre du passé s’étend sur l’avenir.

Joachim du Bellay (1522-1560)

Joachim Du Bellay, poète français de la Renaissance, s’intéresse aux lettres après une courte carrière militaire. Né à Liré, dans la région angevine, en 1522, il découvre les auteurs de l’Antiquité grecque et romaine et compose alors ses premiers poèmes.

Il écrit d’abord des sonnets amoureux décasyllabe (vers de dix syllabes) comme dans l’Olive en 1549. Du Bellay choisit ensuite d’opter pour l’alexandrin (vers formé de deux hémistiches de six syllabes chacun), forme avec laquelle il signe son plus grand succès : Les Regrets en 1558. Après être gravement tombé malade, Joachim du Bellay meurt d’apoplexie le 1er janvier 1560 rue Massillon à Paris, âgé de 37 ans. Il sera inhumé dans une chapelle de Notre-Dame de Paris.

Joachim Du Bellay est le fondateur, avec son ami Pierre de Ronsard, de la Pléiade, un groupe de sept poètes dont le but est de moderniser la littérature française. En effet, lorsque le poète fait la connaissance de Pierre de Ronsard en 1547, il le rejoint au collège de Coqueret à Paris, et ensemble ils décident de regrouper des poètes français dans le but d’améliorer la langue.

Quand ton col de couleur rose
Se donne à mon embrassement
Et ton oeil languit doucement
D’une paupière à demi close,

.

Mon âme se fond du désir
Dont elle est ardemment pleine
Et ne peut souffrir à grand’peine
La force d’un si grand plaisir.

.

Puis, quand s’approche de la tienne
Ma lèvre, et que si près je suis
Que la fleur recueillir je puis
De ton haleine ambroisienne,

.

Quand le soupir de ces odeurs
Où nos deux langues qui se jouent
Moitement folâtrent et nouent,
Eventent mes douces ardeurs,

.

Il me semble être assis à table
Avec les dieux, tant je suis heureux,
Et boire à longs traits savoureux
Leur doux breuvage délectable.

.

Si le bien qui au plus grand bien
Est plus prochain, prendre ou me laisse,
Pourquoi me permets-tu, maîtresse,
Qu’encore le plus grand soit mien?

.

As-tu peur que la jouissance
D’un si grand heur me fasse dieu?
Et que sans toi je vole au lieu
D’éternelle réjouissance?

.

Belle, n’aie peur de cela,
Partout où sera ta demeure,
Mon ciel, jusqu’à tant que je meure,
Et mon paradis sera là.