Maurice Carême

Maurice Carême est né le 12 mai 1899, rue des Fontaines, à Wavre dans une famille modeste.

Maurice Carême passe à Wavre une enfance campagnarde si heureuse qu’elle sera une des sources d’inspiration de son œuvre. Il fait des études primaires et secondaires dans sa ville natale.

En 1914, il écrit ses premiers poèmes, inspirés par une amie d’enfance, Bertha Detry dont il s’est épris. Elève brillant, il obtient, la même année, une bourse d’études et entre à l’Ecole normale primaire de Tirlemont. Son professeur, Julien Kuypers, l’encourage à écrire et lui révèle la poésie française du début du XXe siècle. C’est à Tirlemont également que Maurice Carême découvre les grands poètes de Flandre.

Il est nommé instituteur en septembre 1918 à Anderlecht-Bruxelles. Il quitte Wavre pour s’installer dans la banlieue bruxelloise. L’année suivante, il dirige une revue littéraire, Nos Jeunes, qu’il rebaptise en 1920 La Revue indépendante. Il noue alors ses premiers contacts littéraires et artistiques (avec Edmond Vandercammen en 1920 et, en 1926, avec le peintre Felix De Boeck). Il épouse en 1924 une institutrice, originaire de Dison.

Son premier recueil de poèmes, 63 Illustrations pour un jeu de l’oie, paraît en décembre 1925. Entre 1925 et 1930, il est fasciné par les mouvements surréalistes et futuristes. Il publie, en 1926, Hôtel bourgeois, en 1930, Chansons pour Caprine où apparaissent les reflets d’une vie sentimentale assez douloureuse, puis, en 1932, Reflets d’hélices. Mais, au moment de cette publication – sans doute la plus marquée par les écoles littéraires de l’époque – il a déjà pris ses distances vis-à-vis d’elles.

Il a fait, en 1930, une découverte qui va s’avérer essentielle pour toute sa démarche poétique – voire romanesque – celle de la poésie écrite par les enfants. C’est, pour Maurice Carême, une remise en question fondamentale au cours de laquelle il revient à une grande simplicité de ton. Il publie d’ailleurs deux essais consacrés à ces textes d’enfants dont il fut l’éveilleur : en 1933, Poèmes de gosses et Proses d’enfants en 1936.

Il fut l’un des fondateurs du Journal de Poètes en 1931. En 1933, il termine des études de déclamation au Conservatoire de Bruxelles, dans la classe de Madeleine Renaud-Thévenet. Il obtient un Premier prix. La même année, il fait construire, avenue Nellie Melba, à Anderlecht, la Maison blanche, à l’image des maisons anciennes de son Brabant. Elle deviendra, en 1975, le siège de la Fondation Maurice Carême et le Musée Maurice Carême, en 1978.

Le recueil Mère paraît en 1935. La simplicité profonde des vers lui vaut d’être remarqué par de nombreux critiques littéraires parisiens, dont celui du Mercure de France. L’œuvre reçoit, en 1938, le Prix Triennal de poésie en Belgique et inspire à Darius Milhaud sa Cantate de l’enfant et de la mère (Première mondiale au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le 18 mai 1938).

De nombreuses œuvres paraissent et sont couronnées par des prix littéraires en Belgique et à l’étranger : Prix Victor Rossel (1948), Prix de l’Académie française (1949 et 1954), Prix international Syracuse (1950), Prix populiste de poésie (1951), Médaille de la Ville de Sienne (1956), Prix Félix Denayer (1957), Prix de la poésie religieuse (1958), Prix du Président de la République française (1961), Prix de la Province de Brabant (1964), Prix de la traduction néerlandaise (1967), Grand Prix international de poésie (France, 1968), Prix européen (Italie, 1976) etc.

L’œuvre de Maurice Carême comprend plus de quatre-vingts recueils de poèmes, contes, romans, nouvelles, essais, traductions. Elle n’a cessé de fasciner les musiciens tant les compositeurs que les chansonniers. De nombreuses anthologies de ses poèmes ont été publiées. Des essais, des disques, des films, des DVD lui sont consacrés.

L’œuvre, couronnée par de nombreux prix littéraires, est traduite dans le monde entier et mise en musique par plus de trois cents musiciens. Un colloque consacré à son œuvre et réunissant des personnalités littéraires, artistiques et universitaires de Belgique, de Bulgarie, de l’Equateur, de France, de Hongrie, du Japon, de Pologne, de Roumanie, s’est tenu à Bruxelles, en novembre 1985, sous l’égide de la Commission française de la Culture de l’Agglomération de Bruxelles et de la Fondation Maurice Carême.

Maurice Carême est élu « prince de la poésie « au Café Procope à Paris en 1972. Il décède le 13 Janvier 1978 à Anderlecht

Sur les fils de la pluie
Les anges du jeudi
Jouent longtemps de la harpe
Et sous leurs doigts Mozart
Tinte délicieux
En gouttes de joie bleue
Car c’est toujours Mozart
Que reprennent sans fin
Les anges musiciens
Qui, au long du jeudi,
Font chanter sur la harpe
La douceur de la pluie.
(Maurice Carême)

Marguerite Yourcenar

Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour, connue sous le pseudonyme de Marguerite Yourcenar, est un écrivain, poète et critique littéraire français. Née le 8 juin 1903 à Bruxelles d’un père français et d’une mère belge

Orpheline de mère quelques jours seulement après sa naissance, elle y est élevée par son père, grand voyageur qui l’initie à une vie cosmopolite. Bien que n’ayant jamais mis les pieds à l’école du fait de ses nombreux voyages, elle obtient son baccalauréat latin-grec à Aix-en-Provence. En 1921, à tout juste 18 ans, elle publie à compte d’auteur son premier poème, Le Jardin des chimères. En 1929, s’essayant à tous les genres littéraires, elle publie son premier roman, Alexis ou le Traité du vain combat, qui raconte l’histoire d’un musicien célèbre qui avoue à sa femme son homosexualité et lui fait part de son désir de la quitter.

Mais dix ans plus tard, la guerre éclate. Marguerite Yourcenar part aux États-Unis rejoindre sa compagne Grace Frick. Elle s’installe sur l’île des Monts Déserts et obtient la nationalité américaine en 1947. L’auteur alterne alors périodes d’isolement sur son île et grands voyages qui alimentent son inspiration.

La sexualité et les relations sentimentales douloureuses sont des thèmes qui reviennent de façon récurrente dans son oeuvre, ce qui s’explique en partie par sa propre bisexualité. En 1951, Marguerite Yourcenar publie Mémoires d’Hadrien. Ce nouveau roman historique, imprégné d’un fort humanisme connaît un grand succès international et lui fait acquérir le statut de grand écrivain.

Le 6 mars 1980, Marguerite Yourcenar devient la première femme à intégrer l’Académie française, où elle siège jusqu’à sa mort le 17 décembre 1987 à l’âge de 84 ans.

Dans Les yeux ouverts, Marguerite Yourcenar écrivait : « Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin. » Le sien fût extraordinaire… Femme de lettres, à la fois écrivaine, poétesse et académicienne, Marguerite Yourcenar incarnait la femme plurielle. Mais, Marguerite Yourcenar était également une femme résolument moderne aux convictions affirmées et à la (bi)sexualité assumée. Atteste de ce tempérament, sa célèbre citation issue de la préface de Gita Govinda ; les amours de Krishna : « L’insolite et l’illicite, deux ingrédients indispensables de toute pornographie. »

Et parmi ses autres citations, on retiendra :

C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt

Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour renaître

L’amour est un châtiment. Nous sommes punis de n’avoir pas pu rester seuls

Ce jour est doux et le souci frivole
Cueille la rose au bord de ton chemin
L’oiseau Bonheur s’est posé sur ta main
Caresse-le avant qu’il ne s’envole
Ce jour est doux… Que t’importe demain ?

Marguerite Yourcenar

Alain Debroise (1911-1999)

Poète, Professeur d’Ecole normale, animateur de centres culturels.

Une feuille d’or,
une feuille rousse,
un frisson de mousse,
sous le vent du nord.

Quatre feuilles rousses,
quatre feuilles d’or,
le soleil s’endort
dans la brume douce.

Mille feuilles rousses,
que le vent retrousse.
Mille feuilles d’or
sous mes arbres morts.

Louisa Pène-Siefert (1845-1877)

Louisa Siefert, née à Lyon en Avril 1845 et morte à Pau en Octobre 1877 est une poétesse française

Née à Lyon dans une famille protestante. Atteinte très jeune de la phtisie. Ses poèmes eurent un certain succès à leur parution. Ils regrettent la fin d’un grand amour de jeunesse.

Elle reçoit une éducation religieuse. Son père était originaire de Prusse et sa mère du canton de Thurgovie en Suisse

Influencée par le mouvement naturaliste, sa poésie est une poésie sentimentale et réaliste» du cœur déçu et douloureux « ,à l’image de sa vie semble-t-il.

Son premier recueil de poèmes, Rayons perdus, paru en 1868, connaît un grand succès.En 1870, Rimbaud s’en procure la quatrième édition et en parle ainsi dans une lettre à Georges Izambard: « …j’ai là une pièce très émue et fort belle, Marguerite. C’est aussi beau que les plaintes d’Antigone dans Sophocle. »

En 1863, elle fait la connaissance de Charles Asselineau, ami de Baudelaire, et entre grâce à lui en relation avec des écrivains tels que Victor Hugo, Edgar Quinet,Emile Deschamps, Théodore de Banville, Leconte de Lisle, Sainte Beuve, Michelet, et avec le peintre Paul Chenavard.

Asselineau adresse son premier recueil à Victor Hugo, qui lui envoie en retour une photographie dédicacée ainsi « À Mademoiselle Louisa Siefert après avoir lu ses charmants vers ».Elle se sent autorisée à lui dédier son Année républicaine .

Asselineau meurt en 1874,léguant toutes ses archives à Louisa, qui ne lui survivra que quelques années.

Alors qu’elle meurt de tuberculose à l’âge de trente-deux ans,son œuvre est rapidement oubliée.Louisa Siefert est l’arrière-grande-tante du chanteur Renaud.

Rentrez dans vos cartons, robe, rubans, résille !
Rentrez, je ne suis plus l’heureuse jeune fille
Que vous avez connue en de plus anciens jours.
Je ne suis plus coquette, ô mes pauvres atours !


Laissez-moi ma cornette et ma robe de chambre,
Laissez-moi les porter jusqu’au mois de décembre ;
Leur timide couleur n’offense point mes yeux :
C’est comme un deuil bien humble et bien silencieux,


Qui m’adoucit un peu les réalités dures.
Allez-vous-en au loin, allez-vous-en, parures !
Avec vous je sens trop qu’il ne reviendra plus,
Celui pour qui j’ai pris tant de soins superflus !


Quand vous et mon miroir voulez me rendre fière,
Retenant mal les pleurs qui mouillent ma paupière,
Sentant mon cœur mourir et l’appeler tout bas,
Je répète : À quoi bon, Il ne me verra pas !


Je pouvais autrefois, avant de le connaître,
Au temps où je rêvais en me disant : Peut-être !
Je pouvais écouter votre frivolité,
Placer dans mes cheveux les roses de l’été,


Nouer un ruban bleu sur une robe blanche,
Et, comme un arbrisseau qui sur l’onde se penche,
Contempler mollement mes quinze ans ingénus.
Songes, songes charmants, qu’êtes-vous devenus


Je le cherchais alors et j’attendais la vie.
Mais aujourd’hui, comment me feriez-vous envie
Le soleil n’a pour moi ni chaleur, ni clarté.
Tout venait de lui seul dans ce temps enchanté,


L’amour comme l’espoir, l’air comme la lumière…
J’ai perdu, j’ai perdu mon aurore première ;
Celle qui rit pour rire et chante pour chanter,
Un souffle d’épouvante est venu l’emporter.


Tout est noir, tout est mort et je me sens glacée.
Oh ! ne m’arrachez plus à ma sombre pensée.
Rien sur ce flot amer ne peut me retenir,
Et l’ombre du passé s’étend sur l’avenir.

Joachim du Bellay (1522-1560)

Joachim Du Bellay, poète français de la Renaissance, s’intéresse aux lettres après une courte carrière militaire. Né à Liré, dans la région angevine, en 1522, il découvre les auteurs de l’Antiquité grecque et romaine et compose alors ses premiers poèmes.

Il écrit d’abord des sonnets amoureux décasyllabe (vers de dix syllabes) comme dans l’Olive en 1549. Du Bellay choisit ensuite d’opter pour l’alexandrin (vers formé de deux hémistiches de six syllabes chacun), forme avec laquelle il signe son plus grand succès : Les Regrets en 1558. Après être gravement tombé malade, Joachim du Bellay meurt d’apoplexie le 1er janvier 1560 rue Massillon à Paris, âgé de 37 ans. Il sera inhumé dans une chapelle de Notre-Dame de Paris.

Joachim Du Bellay est le fondateur, avec son ami Pierre de Ronsard, de la Pléiade, un groupe de sept poètes dont le but est de moderniser la littérature française. En effet, lorsque le poète fait la connaissance de Pierre de Ronsard en 1547, il le rejoint au collège de Coqueret à Paris, et ensemble ils décident de regrouper des poètes français dans le but d’améliorer la langue.

Quand ton col de couleur rose
Se donne à mon embrassement
Et ton oeil languit doucement
D’une paupière à demi close,

.

Mon âme se fond du désir
Dont elle est ardemment pleine
Et ne peut souffrir à grand’peine
La force d’un si grand plaisir.

.

Puis, quand s’approche de la tienne
Ma lèvre, et que si près je suis
Que la fleur recueillir je puis
De ton haleine ambroisienne,

.

Quand le soupir de ces odeurs
Où nos deux langues qui se jouent
Moitement folâtrent et nouent,
Eventent mes douces ardeurs,

.

Il me semble être assis à table
Avec les dieux, tant je suis heureux,
Et boire à longs traits savoureux
Leur doux breuvage délectable.

.

Si le bien qui au plus grand bien
Est plus prochain, prendre ou me laisse,
Pourquoi me permets-tu, maîtresse,
Qu’encore le plus grand soit mien?

.

As-tu peur que la jouissance
D’un si grand heur me fasse dieu?
Et que sans toi je vole au lieu
D’éternelle réjouissance?

.

Belle, n’aie peur de cela,
Partout où sera ta demeure,
Mon ciel, jusqu’à tant que je meure,
Et mon paradis sera là.

Jean Lahor (1840-1909)

Le poète et docteur français Henri Cazalis (1840-1909) écrit sous les pseudonymes Jean Caselli et Jean Lahor. Docteur respecté, ses patients se nomment Maupassant et Verlaine. Poète symboliste attiré par les images de la mort, il combine littérature et carrière médicale.

Connu pour Le Livre du Néant et L’Illusion, on le nomme «l’Hindou du Parnasse contemporain» vu son penchant pour la pensée orientale. Il fréquente les Parnassiens, se lie avec Mallarmé et forme avec Sully-Prudhomme la Société de Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France. Ses poèmes sont repris par les compositeurs Saint-Saëns, Duparc, Chausson et Hahn.

Tu ne me connais pas, tu ne sais qui je suis,
Tu ne m’aperçois pas, le soir, quand je te suis,
Quand se perd ma pensée en tes lueurs de femme,
Quand je m’en vais, noyant mes sens, noyant mon âme

Dans les candeurs et les fraîcheurs de ta beauté.
Tes regards clairs, pareils à des matins d’été,
Si chastement encor s’arrêtent sur les choses :
Tu n’as jamais su voir le trouble que tu causes,

Jamais tu n’as su voir, en passant devant moi,
Que je m’émeus et souffre, et pâlis près de toi !
À qui donc seras-tu ? Qui boira la lumière
De tes yeux ? Qui verra l’ivresse printanière

De ton premier amour ? Un soir, quel bienheureux
Te tiendra sur son cœur comme un oiseau peureux ?
Oh ! qui déroulera ta jeune chevelure ?
Qui viendra respirer, ô fleur, ton âme pure,

Et par de longs baisers courant sur tes bras nus
Fera passer en toi les frissons inconnus ?
Et moi, qui si longtemps t’ai cherchée et rêvée,
Je dois donc te quitter, lorsque je t’ai trouvée !

Albert Einstein

Placez votre main une minute sur un poêle et cela vous semble une heure. Asseyez-vous auprès d’une jolie fille une heure et cela vous semble durer une minute. C’est ça la relativité.


La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
Il est plus difficile de désagréger un préjugé qu’un atome.


Si vous ne pouvez expliquer un concept à un enfant de 6 ans, c’est que vous ne le comprenez pas complètement.
Je sais pourquoi tant de gens aiment couper du bois. C’est une activité où l’on voit tout de suite le résultat.
Ceux qui aiment marcher en rang sur une musique : ce n’est peut-être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement.


Il n’existe que deux choses infinies : l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers je n’ai pas de certitude absolue.
Le hasard, c’est Dieu qui passe incognito.
Je ne dors pas longtemps, mais je dors vite.
Les grands esprits ont toujours rencontré une opposition farouche des esprits médiocres.
N’essayez pas de devenir un homme qui a du succès. Devenez un homme qui a de la valeur.
Le progrès technique est comme une hache qu’on aurait mise dans les mains d’un psychopathe.
Ne fais rien contre ta conscience, même si c’est l’Etat qui te le demande.
Se sacrifier au service de la vie équivaut à une grâce.
La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour garder l’équilibre.

Ce sont les paroles d’Albert Einstein

Henri De Régnier ((1864-1936)

Dès 1885, Henri de Régnier, né à Honfleur, publie des poèmes influencés par le Parnasse. Il devient un habitué des mardis de Mallarmé. S’étant lié d’amitié avec Francis Vielé-Griffin, il évolue vers une esthétique symboliste.

En 1895, il épouse la fille de José Maria de Heredia. A côté de ses recueils de poèmes,(La sandale ailée 1906, Le miroir des heures 1911)

Grand officier de la Légion d’honneur, Henri de Régnier est élu en 1911 au fauteuil 39 de l’Académie Française.

Henri de Régnier laisse une oeuvre en prose élégante, mais presque oubliée aujourd’hui.

Odelette

Si j’ai parlé

De mon amour, c’est à l’aube lente

Qui m’écoute quand je me penche

Sur elle; si j’ai parlé

De mon amour, c’est au vent

Qui rit et chuchote entre les branches;

Si j’ai parlé de mon amour, c’est à l’oiseau

Qui passe et chante

Avec le vent;

Si j’ai parlé

C’est à l’écho.

Si j’ai aimé de grand amour,

Triste ou joyeux,

Ce sont tes yeux;

Si j’ai aimé de grand amour,

Ce fut ta bouche grave et douce,

Ce fut ta bouche;

Si j’ai aimé de grand amour,

Ce furent ta chair tiède et tes mains fraiches,

Et c’est ton ombre que je cherche.

René-François Sully-Prudhomme (1839-1907)

Poète français, premier lauréat du Prix Nobel de littérature en 1901

« Eclaircie » (Les vaines tendresses)

Quand on est sous l’enchantement
D’une faveur d’amour nouvelle,
On s’en défendrait vainement,
Tout le révèle :

Comme fuit l’or entre les doigts,
Le trop plein de bonheur qu’on sème,
Par le regard, le pas, la voix,
Crie : elle m’aime !

Quelque chose d’aérien
Allège et soulève la vie,
Plus rien ne fait peine, et plus rien
Ne fait envie :

Les choses ont des airs contents,
On marche au hasard, l’âme en joie,
Et le visage en même temps
Rit et larmoie ;

On s’oublie, aux yeux étonnés
Des enfants et des philosophes,
En grands gestes désordonnés,
En apostrophes !

La vie est bonne, on la bénit,
On rend justice à la nature !
Jusqu’au rêve de faire un nid
L’on s’aventure …