Jean Pierre Marielle

Un « Grand » qui nous manque dans notre horizon artistique !

Cette vie, commencée le 12 avril 1932 à Paris, l’avait conduit à devenir acteur sans qu’il puisse l’expliquer. Jean-Pierre Marielle ne croyait ni en la vocation ni au fait que jouer puisse s’apprendre. Il était devenu comédien par hasard, faire le pitre lui convenait. L’affaire s’arrêtait là. Difficile néanmoins de se satisfaire de ce revers de main auquel il avait recours dans chaque interview. Mieux vaut y voir l’illustration de l’ennui qu’il éprouvait à parler de lui et à théoriser sur son métier. Car « jouer », « faire l’acteur » l’a guidé dès l’adolescence, quand, au lycée de Dijon, il monte avec ses camarades des pièces de Tchekhov. C’est là qu’un professeur de littérature l’encourage à devenir comédien de théâtre.

Jean-Pierre Marielle n’a pas besoin de plus et part sur-le-champ pour Paris où il intègre le Conservatoire national d’art dramatique. Nous sommes au tout début des années 1950, et se retrouvera en ce saint des saints une sacrée bande de joyeux drilles, prêts à faire voler en éclats les carcans et les diktats.

Belmondo, Cremer, Marielle, Rich, Rochefort, Vernier, Beaune. Sept jeunes hommes venus d’horizons très différents qui s’unissent dans le vent frais de l’amitié. Le rire, les larmes, les déconvenues, les histoires d’amour les soudent pour une vie entière. « Il y a des années de groupe de comédiens, comme des années de peintres, de musiciens, c’est comme les années à prunes, comme le pinard. C’est comme ça », résumait Jean-Pierre Marielle, fidèle à sa ligne de conduite : ne pas chercher midi à quatorze heures.

Epicurien, inattendu, excessif, il a su garder toute sa vie le goût du jeu et de l’enfance, ne faisant rien comme tout le monde, capable de prendre de la confiture avec de l’omelette et de jouer des tours de gosse à ses vieux copains. « Il fait toujours comme il a envie. Avec lui, dans la vraie vie, on s’amuse.

Lecteur gourmand, fou de jazz, amoureux de l’art, Jean-Pierre Marielle disait cependant de lui-même qu’il n’était calé en rien : « Je suis décalé, pas calé. Il n’y a rien de mieux que d’être décalé. » De même que si Paris était sa ville, il n’en demeurait pas moins un paysan, un garçon dont l’enfance passée à Précy-le-Sec, dans l’Yonne, entre un père industriel et une mère couturière, avait laissé des traces qu’il prenait soin de cultiver et d’user comme un remède. Son penchant pour la contemplation, sa passion pour les plats du terroir – intarissable sur le petit salé aux lentilles, la potée, le haddock… – et les bons vins lui venaient de là. Ils ont été son meilleur rempart à la vaine agitation du monde.

Le verbe traînant, l’air désabusé lui ont fourni une merveilleuse façade en trompe-l’œil dont il a peut-être usé avec un brin de malice. Pour tromper son monde et sans doute, aussi, pour avoir la paix, du moins avec les « cons » qu’il craignait comme la peste (« Ah oui, ça fout les jetons, les cons »).

L’acteur en dix répliques …

C’est surtout sur le théâtre et ses auteurs qu’il aimait s’attarder, se plaisant à exprimer le plaisir inouï qu’il éprouvait à se mettre à leur service. « Le théâtre est toujours une émotion très présente en moi. Entendre les trois coups, le rideau qui se lève et le murmure de la salle, puis on se lance. Comme les écrivains, le prix Goncourt, on attend toujours le rôle qui va faire de vous quelque chose que vous n’imaginez pas, même dans vos plus chers désirs. »

Avec son épouse chez Mireille Dumas

Jean-Pierre Marielle s’est plu à lire et dire les mots de Molière, Ionesco, Pinter, Pirandello, Anouilh, Tchekhov, Claudel… La quarantaine de pièces dans lesquelles il a joué sous la direction de grands metteurs en scène a su maintenir intacte sa joie de partager, avec le public, les œuvres et les écrivains qu’ils chérissaient.

Avec Pierre Arditi, invité à C à Vous

Face à la critique, l’acteur n’est pas homme à se démonter, ni à se renier. Lui dont la jeunesse s’était nourrie de John Ford, Ingmar Bergman et Orson Welles assumait chacun de ses choix. « Ça ne me gêne pas de faire des navets, j’espère en faire encore quelques-uns », avait-il dit en janvier 2011 lors d’une rencontre à la Fnac pour la sortie de son livre Le grand n’importe quoi (Calmann Lévy, 2010). Le gênaient en revanche « les nuls qui se prennent pour des génies ». Ceux-là étaient bannis de son répertoire. Si Jean-Pierre Marielle se définissait comme « un cabotin », il ne l’était pas au point de se frotter aux prétentieux.

A l’inverse de cette allure de seigneur revenu de tout, Jean-Pierre Marielle a fait preuve, durant quatre-vingt-sept ans, d’un appétit d’ogre.

Il nous a quittés le 24 Avril 2019 …

8 commentaires sur « Jean Pierre Marielle »

  1. J’aimais beaucoup cet acteur. Je l’aime toujours. Il reste ses films.
    En fait, il avait une ressemblance physique avec mon ancien PDG ( sur Paris). Que j’adorais. Et qui me le rendait bien ☺
    Alors, voilà quoi. Je ne peux pas voir une rediffusion d’un film de Marielle sans que ça me rappelle cet homme-la et plein de super bons souvenirs.

    😘❤🌹

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