Philippe Léotard

Parti dans les brumes de l’au delà il y a bientôt 20 ans, en Aout 2001, il était acteur, chanteur et surtout un grand poète, d’une sensibilité à pleurer…

Atteint durant son enfance d’une maladie provoquant des rhumatismes articulatoires aigus, il se passionne pour la lecture de romans et de pièces de théâtre. Il suit quelques années plus tard des études de lettres à Paris durant lesquelles il rencontre Ariane Mnouchkine avec qui il fonde le Théâtre du Soleil en 1964.Homme de théâtre – il rejoindra le TNP en 1970 -, il devient parallèlement professeur de littérature et de philosophie.

S’il connaît déjà une expérience d’acteur à la télévision, il est engagé au cinéma par Claude Sautet pour jouer dans Max et les ferrailleurs. C’est ensuite François Truffaut qui le recrute pour Les Deux Anglaises et le Continent (1971).Après diverses participations, Philippe Léotard trouve son premier grand rôle dans Avoir vingt ans dans les Aurès (1972) de René Vautier.

Sa carrière cinématographique lancée, il joue bientôt devant les caméras de cinéastes renommés tels qu’Yves Boisset, Fred Zinneman, Maurice Pialat (La Gueule ouverte), Claude Lelouch (Le Chat et la Souris, Le Bon et les Méchants), John Frankenheimer (French Connection 2), Bertrand Tavernier…En 1977, sa performance dans Le Juge Fayard dit Le Shériff est saluée.

En 1982, il s’affiche avec talent dans le polar La Balance (Bob Swaim) aux côtés de Nathalie Baye. Le film est un succès et Philippe Léotard remporte le César du meilleur acteur.Considéré comme un acteur incontournable du cinéma français, Philippe Léotard impose au grand écran son charisme indéniable. Après avoir côtoyé Coluche dans Tchao Pantin (1983) de Claude Berri, on le retrouve dans des productions plus intimistes comme Adieu blaireau, Rouge-Gorge, Le Paltoquet ou encore Le Sud.

En 1989, Philippe Léotard est un chanteur abandonné dans Il y a des jours… et des lunes de Claude Lelouch. Mais la drogue et l’alcoolisme vont malheureusement éloigner des plateaux le brillant acteur (et frère de l’homme politique François Léotard).

Léotard, grand admirateur d’Henri Michaud (également adepte d’expérimentations et de travail sous psychotropes) écrit sans relâche et se laisse tenter par la chanson.

Il signe les ouvrages Portrait de l’artiste au nez rouge, et Pas un jour sans une ligne, publiés respectivement 1988 et en 1992.

Entre ces deux livres, il sort, en 1990, son premier album de chansons A l’Amour comme à la Guerre, qui reçoit le Prix de l’Académie Charles Cros. Sa voix rauque y éructe des textes poétiques, humanistes et réalistes, dans la grande tradition des interprètes possédés « à la Ferré ». Justement, son second album de chansons est un hommage au lion de la chanson française Philippe Léotard Chante Léo Ferré, sorti en 1994. Il lui vaut un second prix Charles Cros.

Artiste sensible et écorché vif, Philippe Léotard apparaît ensuite chez Jean-Pierre Mocky (Ville à vendre – 1991), Jean Becker (Elisa – 1994) ou Claude Lelouch (Les Misérables – 1995). Durant cette période, il écrit par ailleurs un recueil de poèmes puis réalise plusieurs albums musicaux appréciés et récompensés.


Mais l’oeuvre de l’artiste pâtit des faiblesses de l’homme. Il frôle parfois la mort au cours d’expériences éthyliques trop extrêmes. Il paie aussi par la prison son implication dans un trafic de cocaïne, en 1995. Ses rôles au cinéma en étant raréfiés, Philippe Léotard se concentre sur ses premières amours, les mots, et publie l’album jazz Je Rêve Que Je Dors, en 1996. Suit l’ouvrage Clinique de la raison close, publié en 1997 aux éditions Les Belles Lettres.

En 1997, il tourne son dernier film, La Momie à mi-mots, un conte poétique musical de Laury Granier.

En 1999, sort l’album Demi-Mots Amers. On y trouve une lecture du chef d’oeuvre de Rimbaud, Le Bateau ivre. Deux ans plus tard, « L’artiste au nez rouge », le bouleversant Léotard aux yeux de clown triste, meurt dans une clinique parisienne, à l’aube de ses 61 ans, le 25 août, d’une insuffisance respiratoire.

Elle

Des jambes à l’infini sous une tête de moineau .
Elle aimait les dentelles, la guimauve, les papillons et les pastels
Elle avait dans les yeux une certaine étincelle qui venait vous lier à son regard de feu.
Dans ses fossettes se nichait la bonté du monde, et toute la tendresse parfumait la douceur de sa peau
Elle aimait la musique mais c’était dans le chant qu’elle aimait s’évader, qu’elle aimait perdre l’âme sur les accords de mélopées…
Elle aimait rire à gorge déployée, à petits rires futés, en éclats bien souvent et ses sourires étaient des plus charmants
Elle connaissait tous les secrets des contes et les pouvoirs des fées, la magie des lutins et des esprits malins…
Chaque enfant aimait la prendre par la main, se réfugier contre son coeur pour effacer les gros chagrins, aussi la voir courir sur le chemin
On l’appelait mamie sauterelle, on l’aimait bien, on l’aimait trop, on se souvient…

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