Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889)

C’est un écrivain français, surnommé le « Connétable des lettres », il a contribué à animer la vie littéraire française de la seconde moitié du XIXème siècle. Il a été à la fois romancier, nouvelliste, poète, critique littéraire, journaliste et polémiste .

Né au sein d’une ancienne famille normande, Jules Barbey d’Aurevilly baigne dès son plus jeune âge dans les idées catholiques, monarchistes et réactionnaires.

Un moment républicain et démocrate, Barbey finit, sous l’influence de Joseph de Maistre, par adhérer à un monarchisme intransigeant, méprisant les évolutions et les valeurs d’un siècle bourgeois.

Il revient au catholicisme vers 1846 et se fait le défenseur acharné de l’ultramontanisme et de l’absolutisme, tout en menant une vie élégante et désordonnée de dandy.

Il théorise d’ailleurs, avant Baudelaire, cette attitude de vie dans son essai sur le dandysme et George Brummell .

Ses choix idéologiques nourriront une œuvre littéraire, d’une grande originalité, fortement marquée par la foi catholique et le péché.

A côté de ses textes de polémiste, qui se caractérisent par une critique de la modernité, du positivisme ou des hypocrisies du parti catholique, on retient surtout, même s’ils ont eu une diffusion assez limitée, ses romans et nouvelles, mélangeant des éléments du romantisme, du fantastique (ou du sur naturalisme), du réalisme historique et du symbolisme décadent.

Son œuvre dépeint les ravages de la passion charnelle ( Une vieille maîtresse 1851), filiale (Un prêtre marié 1865), (Une histoire sans nom 1882), politique (Le Chevalier des Touches 1864) ou mystique (L’Ensorcelée 1855)

Son œuvre la plus célèbre aujourd’hui est son recueil de nouvelles Les Diaboliques paru tardivement en 1874 dans lesquelles l’insolite et la transgression, plongeant le lecteur dans un univers ambigu, ont valu à leur auteur d’être accusé d’immoralisme.

Son œuvre a été saluée par Baudelaire et plusieurs écrivains ont loué son talent extravagant, notamment à la fin de sa vie, mais Hugo, Flaubert ou Zola ne l’appréciaient pas.

Eh quoi ! vous vous plaignez, vous aussi, de la vie !
Vous avez des douleurs, des ennuis, des dégoûts !
Un dard sans force aux yeux, sur la lèvre une lie,
Et du mépris au coeur ! – Hélas ! c’est comme nous !
Lie aux lèvres ? – poison, reste brûlant du verre ;
Dard aux yeux ? – rapporté mi-brisé des combats ;
Et dans le coeur mépris ? – Éternel Sagittaire
Dont le carquois ne tarit pas ! 

Vous avez tout cela, – comme nous, ô Madame !
En vain Dieu répandit ses sourires sur vous !
La Beauté n’est donc pas tout non plus pour la femme
Comme en la maudissant nous disions à genoux,
Et comme tant de fois, dans vos soirs de conquête,
Vous l’ont dit vos amants, en des transports perdus,
Et que, pâle d’ennui, vous détourniez la tête,
Ô Dieu ! n’y pensant déjà plus…

Ah ! non, tu n’es pas tout, Beauté, – même pour Celle
Qui se mirait avec le plus d’orgueil en toi,
Et qui, ne cachant pas sa fierté d’être belle,
Plongeait les plus grands coeurs dans l’amour et l’effroi !
Ah ! non, tu n’es pas tout… C’est affreux ; mais pardonne !
Si l’homme eût pu choisir, il n’eût rien pris après ;
Car il a cru longtemps, au bonheur que tu donnes,
Beauté ! que tu lui suffirais !

Mais l’homme s’est trompé, je t’en atteste, Armance !
Qui t’enivrais de toi comme eût fait un amant,
Puisant à pleines mains dans ta propre existence,
Comme un homme qui boit l’eau d’un fleuve en plongeant.
Pour me convaincre, hélas ! montre-toi tout entière ;
Dis-moi ce que tu sais… l’amère vérité.
Ce n’est pas un manteau qui cache ta misère,
C’est la splendeur de la Beauté !

Dis-moi ce que tu sais… De ta pâleur livide,
Que des tempes jamais tes mains n’arracheront
Et qui semble couler d’une coupe homicide
Que le Destin railleur renversa sur ton front ;
De ton sourcil froncé, de l’effort de ton rire,
De ta voix qui nous ment, de ton oeil qui se tait,
De tout ce qui nous trompe, hélas ! et qu’on admire,
Ah ! fais-moi jaillir ton secret.

Dis tout ce que tu sais… Rêves, douleur et honte,
Désirs inassouvis par des baisers cuisants,
Nuits, combats, voluptés, souillures qu’on affronte
Dans l’infâme fureur des échevèlements !
Couche qui n’est pas vide et qu’on fuit, – fatale heure
De la coupable nuit dont même on ne veut plus,
Et qu’on s’en va finir – au balcon – où l’on pleure,
Et qui transit les coudes nus !

Ah ! plutôt, ne dis rien ! car je sais tout, Madame !
Je sais que le Bonheur habite de beaux bras ;
Mais il ne passe pas toujours des bras dans l’âme…
On donne le bonheur, on ne le reçoit pas !
La coupe où nous buvons n’éprouve pas l’ivresse
Qu’elle verse à nos coeurs, brûlante volupté !
Vous avez la Beauté, – mais un peu de tendresse,
Mais le bonheur senti de la moindre caresse,
Vaut encor mieux que la Beauté.

Jules Barbey D’Aurevilly

3 commentaires sur « Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889) »

  1. J’adore l’article et le commentaire de Pat !
    Quel auteur, tu vois je ne connais que de nom mais je n’ai jamais lu
    Et rien que le poème donne le ton et le niveau
    J’aime les Dandys et ce que j’aime plus particulièrement chez les Dandy c’est cette façon brillante et exquise de bousculer la société 😉
    Bonne soirée et merci Swannaëlle

    Aimé par 1 personne

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