Rêverie

Quand s’est dénoué le ruban des « je t’aime »
Et que mon coeur tranché s’est mis à l’agonie,
Il a fait de l’orage le plus beau requiem
Et permis à mes larmes de se joindre à la pluie

Il a fait de l’instant un retour sur mon rêve,
Que la douceur du vent me souffle ses parfums
Pour que le crépuscule me promette une trêve,
Pour que l’aube à nouveau m’ensoleille dans ses mains…

Il m’a promis un ange pour veiller au destin
Et aussi de couper les ronces sur mon chemin
Pour mettre un point final sur mes blessures, enfin !
Sans cesser de parler, il caressait mes mains…

Il m’a conté ensuite la plus belle histoire de fées,
Histoire d’amour biensûr, de serments et de fleurs,
Que pour moi me dit-il, il venait d’inventer,
Pour faire naitre un sourire au milieu de mes pleurs…

Sur mon chagrin tari je me suis endormie.
L’aube est alors venue avec son astre d’or,
J’ai cherché du regard ce Prince de la nuit,
Il avait disparu, et je le cherche encore….


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Liberté…d’être soi-même (suite 2)

Pour nous assumer, il est nécessaire que nous nous exprimions lorsque l’enjeu a de l’importance pour nous.

Il y a plusieurs modes d’expression: les gestes, les paroles, les actions, les choix. On peut s’exprimer par son attitude, son habillement, en faisant une demande, en répondant à une demande…s’exprimer en fait, c’est se montrer.

Pour contribuer à la conquête de notre liberté, la qualité de notre expression est capitale: il faut extérioriser ce qui est réellement important et oser s’impliquer en le faisant.

Une telle expression génère en effet des émotions; nous devons être « en contact » avec nous et nous laisser vivre les émotions qu’elle déclenche. Et comme pour nous assumer il est nécessaire d’être nous devant les autres, il est indispensable aussi que nous demeurions sensible aux émotions et réactions des personnes face auxquelles nous nous exposons.

Bien des gens ne sont pas habitués à cette manière de s’exprimer « directement ». Mais il est possible de devenir habile à le faire si on pratique un peu.

Prendre en charge la satisfaction de nos besoins ce n’est pas les combler nous-même mais plutôt de prendre l’initiative de faire ce qu’il faut pour les combler.

Parfois nous pourrions y répondre nous-même, mais d’autre fois il nous faudra alors faire des demandes, exposer nos besoins, négocier et même les défendre pour qu’il soit possible de les satisfaire.

Pour plusieurs d’entre nous, il est difficilement acceptable de porter l’entière responsabilité de nos besoins. Certains refusent parce qu’ils voient dans l’initiative des autres à leur égard, une preuve de considération ou d’amour. (« N’est-ce pas une grande preuve d’amour d’être deviné », pensent-ils.)

D’autres s’y objectent parce que faire connaître leurs besoins, dire ce qui leur importe, c’est trop se dévoiler et surtout, c’est informer l’importance qu’ils lui accordent. (« Je ne vais quand même pas lui dire que j’aimerais voir plus directement son appréciation; il va penser que je le prends pour mon père ! »)

En prenant nos besoins en charge, en effet, non seulement nous exposons ce que nous sommes, mais en plus nous avouons à d’autres l’importance qu’ils ont dans notre vie!

Il y a là un risque: celui de n’avoir pas la même importance pour l’autre ou que le besoin de l’autre ne coïncide pas avec le notre. Il se peut que nous vivions cette différence comme un rejet, que nous soyons dévalorisé ou que cela blesse notre orgueil.

Si nous considérons comme dramatique l’un ou l’autre de ces scénarios, il est évident que nous nous astreindrons. Nous choisirons alors de renier notre besoin ou d’attendre que l’autre le prenne en charge.

Si au contraire nous sommes prêts à risquer de faire face à un refus, nous aurons fait un pas de plus vers le respect de ce qui nous importe. Même insatisfaite, nous sortirons alors plus libre, grandie.

Voilà à quoi se résume essentiellement le chemin qui mène à la liberté.

L’autarcie

Une autre optique fort à la mode consiste à choisir de s’auto-suffire.

À l’encontre même de l’interdépendance qui caractérise les êtres vivants dans toute la nature, on choisit de se donner soi- même ce qu’on pourrait chercher à obtenir des autres.

Cette façon de voir repose en partie sur une conception de la responsabilité qu’on pourrait illustrer ainsi: il s’agit de mes besoins, c’est donc à moi d’y répondre.

C’est ainsi qu’on recommande de « s’aimer soi-même », « d’être sa propre mère », « de se confirmer soi-même », « de s’encourager soi-même ».

Cette tentative maladroite d’indépendance est un choix que plusieurs font après plusieurs tentatives infructueuses dans les relations inter-personnelles.

D’autres fois, c’est une peur excessive de la dépendance qui entraîne la personne dans cette direction.

Une telle option n’est pas prometteuse de satisfaction car il est impossible de se suffire affectivement. Les échanges affectifs sont en effet une nourriture psychique nécessaire durant toute notre vie.

Au bout du compte, cette méthode permet de moins se buter sur des noeuds relationnels, mais c’est au prix d’une solitude qui en découle nécessairement et des manques affectifs qui s’ensuivent. Et comme cette stratégie s’appuie sur un retrait et un évitement du contact avec les autres, elle ne permet pas non plus d’augmenter le sentiment d’être une personne libre, capable de se vivre pleinement en relation avec les autres.

C’est donc sur une fausse piste que nous conduit cet objectif. Ce n’est pas parce que je suis responsable de mon besoin que je peux remplacer adéquatement le support affectueux d’une mère en me supportant « affectueusement » moi-même.

L’auto-persuasion est une tactique qui prend de plus en plus d’ampleur. Elle vise à passer outre aux difficultés réelles vécues par rapport à soi-même et par rapport aux autres.

Dans cette optique, on tente de se débarrasser de ce que l’on viten se convainquant que cela n’a pas de raison logique d’exister.

Cette approche logique réussit parfois à convaincre intellectuellement, mais on pourrait dire que « le coeur ne suit pas » et qu’il faut accepter d’ignorer son vécu profond pour obéir aux directives qu’on se donne..C’est comme si on avançait « déconnecté de soi-même ».

À cause de cela, le chemin parcouru dans cette optique, c’est-à-dire, sans tenir compte de notre vécu complet, ne mène pas à une plus grande possession de soi,mais au sentiment inverse: on se sent dépossédé. Certains diront « Je suis perdu »,« Je ne sais plus ce que je veux exactement »,« Je ne sais plus qui je suis au fond ».)

La liberté intérieure n’est pas plus grande, au contraire, on a l’impression que c’est seulement en se persuadant et en s’encadrant d’un contrôle perpétuel qu’on peut réussir à fonctionner.

On se retrouve donc, en quelque sorte, dans une prison différente dont on est soi-même le gardien, mais sans plus de liberté.

Frederick Perls, le père de la Gestalt, disait qu’il faut d’abord être ce que l’on est si on veut changer.

À première vue cela ressemble à une tautologie, mais en fait ça n’a rien d’évident. On pourrait dire que pour devenir intérieurement libre, il est nécessaire d’être en contact avec soi et de se donner la liberté d’être soi. Cela signifie d’abord de s’autoriser à être atteint par les choses et les personnes comme on l’est, donc d’avoir les émotions et les besoins que l’on a réellement. Cela signifie ensuite de se vivre ouvertement tel que l’on est, car la liberté d’être est illusoire si elle s’applique seulement en catimini.

En d’autres termes , « j’existe, donc j’ai le droit d’exister », « je ressens, donc j’ai le droit de ressentir », « j’ai tel besoin, donc j’ai le droit de l’avoir » car en fait, je suis la seule qui puisse m’octroyer ces droits et décider d’exister.

Si j’ai besoin des autres dans cette démarche d’affirmation libératrice, c’est surtout à titre de témoins auxquels j’accorde une valeur ou un pouvoir.

Voilà …. j’ai été un peu longue certes, mais il y a tant à dire 🤗 Merci de votre attention🌹 Peintures de Yossi Kotler