Dmitri Hvorostovsky, le baryton de l’âme russe

Tout le destinait à cela. La puissance de l’émission, une voix de baryton qui éblouit par son ampleur, qui subjugue par ses couleurs sombres et moirées, des aigus aussi faciles que ses graves étaient denses et veloutés, une ligne de chant toujours impeccablement menée quels que soient les pièges tendus par les compositeurs. Sa présence scénique naturelle, sa silhouette et son approche intime de chaque rôle lui permettait d’incarner tous ses personnages en conservant sa singularité, adaptée en fonction : dignité, fierté et une forme de hiératisme sont les maîtres mots de ses prestations. Il fut un immense Luna, un Germont atypique, un Bolkonsky magistral mais si on ne devait en retenir qu’un ?

Onéguine évidemment ! Le plus grand, le plus abouti de ces trente dernières années. Le New York Times avait écrit à juste titre qu’il était « né pour incarner le rôle ». Et il le fera, jusqu’au début de cette année qui le verra disparaître. Une captation existe des extraordinaires représentations du Metropolitan Opera avec une Renée Fleming se réchauffant à sa flamme et un Valery Gergiev des grands jours. On aura rarement entendu un dernier acte aussi incandescent. Incarner un fat imbécile et futile, le ramener progressivement dans la communauté des humains et montrer sa béance, son désespoir et sa difficulté à vivre. Voilà ce que savait faire Hvorostovsky qui, à travers ce personnage, faisait renaître toute une culture, une poésie, une âme russe dont certains esprits incorrigiblement romantiques raffolent.

Pour nous consoler de son absence, il nous reste une discographie, importante mais pas toujours bien distribuée. On y distingue notamment un enregistrement de mélodies russes dirigé par le chef Constantine Orbelian et qui témoigne de son art du phrasé, profondément incarné, teinté de nostalgie et d’espoirs. Un superbe Onéguine dirigé par Bychkov nous rappelle les représentations du Châtelet au début des années 90. Une salle qui aura permis aux Parisiens de l’entendre une dernière fois le 12 novembre 2016, dans un récital où il interpréta, inlassablement, ces mélodies russes qui l’auront accompagnées toute sa vie.

Toujours est-il que c’est la ville qui l’a vu naître en 1962 qui aura entendu ses derniers feux qui illustrent à merveille sa passion pour son métier, son courage et sa ténacité.

Luttant depuis deux ans et demi contre la tumeur au cerveau qui l’a emporté, le baryton russe Dmitri Alexandrovitch Hvorostovsky est mort près de son domicile londonien, le 22 novembre à l’âge de 55 ans.

4 commentaires sur « Dmitri Hvorostovsky, le baryton de l’âme russe »

  1. Merci Kristeen pour cette merveilleuse publication…!
    Qu’ajouter à l’histoire sinon que cet homme restera dans nos mémoires…
    Je le connais depuis peu, et je suis toujours bouleversée quand je l’entends et le vois
    chanter.
    Merci pour les extraits …!

    Bonne soirée….
    P »S » Contente de te revoir sur la toile, je t’ai reconnue suite à l’ajout de ta photo
    sur ton profil….Bonne soirée…

    Mes amitiés
    Manouchka

    Aimé par 1 personne

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