Mal d’inspiration

Dans un élan d’espoir, elle va pousser la porte.

Les chevalets sont là, inertes,
déshabillés de toiles,
nus et désenchantés…
Les cimaises attendent qu’on veuille solliciter leurs crochets dénudés.
Les lames, sur la table de bois,
n’attendent que ses doigts
pour chanter à la toile leur ode de couleurs,
et lisser patiemment la pâte onctueuse.

Elle regarde sans les voir
les tubes éparpillés, tordus, bosselés, entassés là depuis des mois,
attendant la pression impudique,
venue les faire baver sur la palette sèche…

Même l’odeur d’essence ne réveille pas en elle le désir de créer.
L’artiste s’est perdue…

Près de la porte fenêtre,
alignées, appuyées au mur,
les toiles virginales attendent leur destin.
Sur le porte manteau,
deux blouses maculées,
se racontent avec regret,
leurs folles nuits de graffitis.

Elle s’assoit sur le haut tabouret,
laisse son regard s’échapper sur le grand chêne aux branches mortes,
qui se dresse devant son atelier.
Même le chant des oiseaux ne semble pas la distraire.
L’artiste s’est perdue…

Dans les gobelets de bois,
crayons et fusains se disputent la primeur d’être en premier choisis.
Les pinceaux, les brosses,
dans les grands pots de porcelaine,
semblent se dessécher d’ennui.
Bouteilles et flacons,
boudent contre le mur.
L’artiste s’est perdue…

Elle soupire ,
se lève lentement,
referme la porte-fenêtre,
s’attarde un moment…
Elle prend un livre sur la cheminée,
se dirige vers la porte,
se retourne,
caresse du regard l’ensemble familier,
essuie la larme échappée sur sa joue,
Puis elle sort doucement en refermant la porte.
L’artiste s’est perdue…


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Perdue

En me perdant de vous, je me suis égarée…
Sentirai je l’oubli s’écrouler sur mon coeur
Quand votre silence crie en animant mes nuits?
Votre absence est un vide, une noire insomnie
J’écoute mes pensées qui me ferment les yeux,
Pour mieux entendre encore le son de votre voix…
Onctuant ma douleur, me berçant de vos mots,
Quand tout au bord de moi se cognent leurs échos,
Dans mon jardin d’hiver, Amour, je vous emmène,
Pour que le manque de Vous fasse que je me souvienne…


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L’ Ange

C’est l’Ange baigné d’or, aux ailes empourprées
Vous le remarquerez au lever de l’aurore
Son élégante danse sur les flots endormis
Frissonne le silence d’une mélopée rare .
C’est habillé de deuil qu’il vient danser ici,
L’âme blessée d’amour pour un être parti.
Il chante sa tristesse, ses pas se font velours,
Il déchire les nues de ses plaintes d’amour …
Et jusqu’au crépuscule il va danser encore.
Puis lorsque le soleil flamboiera l’horizon,
Que l’astre rougeoyant fondra dans l’océan,
Ses ailes doucement repliées sur lui-même,
Dans les cieux obscurcis s’en ira disparaitre…
Mais si vous entendez, parfois, les soirs d’été,
Dans la brise légère une plainte chantante,
Fidèle à son amant, sachez que l’Ange veille …


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