Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859

Vous demandez si l’amour rend heureuse
Il le promet, croyez-le, fût-ce un jour.
Ah ! pour un jour d’existence amoureuse,
Qui ne mourrait ? La vie est dans l’amour

Quand je vivais tendre et craintive amante,
Avec ses feux je peignais ses douleurs
Sur son portrait j’ai versé tant de pleurs,
Que cette image en paraît moins charmante.

Si le sourire, éclair inattendu,
Brille parfois au milieu de mes larmes,
C’était l’amour, c’était lui, mais sans armes
C’était le ciel…qu’avec lui j’ai perdu.

Sans lui, le coeur est un foyer sans flamme
Il brûle tout, ce doux empoisonneur.
J’ai dit bien vrai comme il déchire une âme
Demandez-donc s’il donne le bonheur !

Vous le saurez : oui, quoi qu’il en puisse être,
De gré, de force, amour sera le maître
Et, dans sa fièvre alors lente à guérir,
Vous souffrirez, ou vous ferez souffrir.

Dès qu’on l’a vu, son absence est affreuse
Dès qu’il revient, on tremble nuit et jour
Souvent enfin la mort est dans l’amour
Et cependant…oui, l’amour rend heureuse !

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