Gérard d’Houville ( 1875-1963 )

Aux Eaux Douces d’Asie, en un vert paysage
D’arbres et d’eau,
J’ai deviné souvent plus d’un tendre visage
Sous le réseau
.
Des voiles transparents qui recouvrent la joue
Et les cheveux,
Mais laissent voir le rêve éternel qui se joue
Au fond des yeux.
.
Dans vos caïques peints, mystérieuses ombres,
J’aimais vous voir,
Sous les arbres plus frais, et sur les flots plus sombres,
Glisser le soir,
.
À l’heure où quelquefois le jour mourant prolonge
Son bel adieu,
Peut-être au fil de l’eau, peut-être au fil d’un songe
Funèbre ou bleu.
.
Ô chers jours disparus ! du fond de ma mémoire
À votre tour
Venez ! dans notre barque irréellement noire,
Ô charmants jours !

.

  Vous, dont j’ai vu jadis la grâce tout entière, 
  Moments divins 
  Qui ne me montrez plus qu’une forme étrangère, 
  Des gestes vains ; 
  .  
  Aux eaux douces du songe où longuement s’attarde 
  Notre langueur, 
  Fantômes incertains, lorsque je vous regarde 
  Avec douleur, 
  .  
  Écartez les linceuls qui me cachent votre âme 
  Sous tant de plis ; 
  Car le temps, vieux tisseur a mêlé dans leur trame 
  Beaucoup d’oublis, 
  .
  Souvenirs ! souvenirs ! arrachez tous ces voiles 
  Longs et nombreux, 
  Ou ne me montrez plus, décevantes étoiles, 
  Vos tristes yeux ! 
  .   
Mais, sur l’onde où déjà le charme de cette heure 
  Est effacé, 
  La rame qu’on relève, et qui s’égoutte, pleure 
   L’instant passé. 

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